



Les enseignements

Nés il y a 2 500 ans, les enseignements du bouddhisme sont toujours demeurés comme un cadeau donné à l'humanité dans le but de sa libération. Sans dogme, sans dieux ni commandements étranges, ils permettent aux gens d'être utiles aux autres et à eux-mêmes. Le grand nombre de penseurs indépendants et les nouvelles techniques de communication ont rendu possible, surtout aujourd'hui, la collecte, l'organisation et la diffusion des enseignements bouddhistes, anciens comme récents, dans un style attractif et empreint de vitalité.
Le « bouddhisme de la Voie du Diamant » représente un accès privilégié vers les différents niveaux de ces ressources. Créé à partir des instructions principales données par des enseignants qualifiés dans le but d'être utile à un public moderne, ce site se consacre aux enseignements de la Voie du Diamant issus de l'école Karma Kagyu, dirigée par Sa Sainteté le Karmapa Trinlay Thaye Dorjé.
Chaque enseignement (que ce soit un texte, une vidéo ou un événement diffusé en direct sur Internet) contient l'information principale permettant de le pratiquer. Pour des explications supplémentaires, vous pouvez contacter nos centres de la Voie du Diamant à travers le monde. Ils ont tous des enseignants expérimentés qui travaillent sur ces sujets depuis longtemps. N'hésitez pas à rendre visite ou à contacter un centre proche de chez vous.
Les Quatre Pensées Fondamentales
De Lopeun Tséchou Rinpoche
(Article de Kagyü Life Nr. 23 Juillet1997, Best of Buddhismus Heute Nr.2, 2004 )
Premier maître d'Ole et d'Hannah Nydahl, Lopeun Tséchou Rinpoche fait partie des rares grands maîtres de méditation bouddhistes et a reçu les nombreuses transmissions de plusieurs écoles. Il est tout particulièrement attaché à nos centres occidentaux. Il dirige la construction de stupas et les inaugure dans le monde entier.
Chaque pratique du Dharma (Enseignement de Bouddha) est précédée de préparations constituant une base solide et nécessaire pour pratiquer correctement. On distingue deux sortes de préparations : les préparations ordinaires et les préparations spéciales. Les « Quatre pensées qui conduisent l'esprit à se détourner du Samsara (cycle des existences conditionnées) » font partie des préparations ordinaires.
Que signifie le fait de « détourner l'esprit du Samsara » ? Cela signifie que l'on se libère de toute forme d'attachement à l'un des trois domaines du Samsara. Pour développer cette libération, on réfléchit à quatre thèmes particuliers qui sont l'objet des quatre pensées fondamentales. Le premier de ces quatre thèmes consiste à considérer et à apprécier l'opportunité de l'existence humaine, si difficile à obtenir. Le deuxième thème est celui de la prise de conscience de l'impermanence de toute chose. Le troisième vise à développer la compréhension du principe de cause à effet, la loi du karma et son fonctionnement. Quant au quatrième, il nous montre la souffrance inhérente à toute forme d'existence dans le Samsara - les inconvénients du Samsara.
Le précieux corps humain
Pour évoquer la chance inestimable que l'on a d'avoir un corps humain, on parle du « précieux corps humain qu'il est extrêmement difficile d'obtenir ». Il est précieux, car il a en lui certaines libertés et facultés que l'on peut décrire à travers trois aspects : tout d'abord, en considérant la situation dans son ensemble, ensuite, en faisant des comparaisons numériques, et enfin, par analogie.
Le premier aspect est celui des « libertés » propres à l'opportunité de disposer d'un corps humain. La naissance en tant qu'être humain est précieuse tout d'abord parce qu'elle prouve que l'on est parvenu à éviter d'autres formes de renaissances. On s'est libéré de certaines formes d'existence qui nous auraient confrontés à toutes autres expériences que celles de la vie humaine. Il existe huit autres formes d'existence : la naissance dans le monde de la paranoïa, la naissance sous forme d'esprits affamés, la naissance dans un corps d'animal, la naissance dans des régions non civilisées, la naissance en tant que dieu, notamment un dieu vivant très longtemps, une vie avec une infirmité mentale, une vie avec des idées erronées et une naissance à une époque où il n'y a pas de bouddha.
C'est pourquoi l'on décrit l'opportunité de la naissance humaine comme « libre » de ces huit formes négatives. Si l'on renaît sous l'une de ces huit formes, on est sans cesse soumis à la souffrance et en ce sens, on n'est pas libre de pratiquer le Dharma. Dans le monde de la paranoïa, on n'a pas d'autre expérience que celle du chaud et du froid. Dans le monde des esprits affamés, les êtres souffrent sans cesse de la faim et de la soif. Les êtres du monde animal sont continuellement chassés ou opprimés, exploités ou maltraités. Ou bien ils se dévorent mutuellement. En tant qu'êtres humains dans des régions non civilisées, on n'a pas la possibilité d'apprendre quoi que ce soit qui puisse conduire à un développement positif. En tant que dieu vivant une longue vie, on vit certes des expériences agréables de bonheur et joie, dues aux résultats des actions positives du passé. Mais rien ne mène au-delà et le fait de vivre ces expériences heureuses n'est autre qu'une consommation du karma positif. Pour cette raison, les dieux renaissent à la fin de leur longue vie dans des mondes inférieurs et très douloureux. On peut donc affirmer que la naissance en tant que dieu n'apporte rien d'autre que de la souffrance.
Les êtres qui naissent avec des troubles psychiques ne sont pas en mesure de comprendre la signification du Dharma et ne peuvent donc pas l'appliquer. Ceux qui entretiennent des vues erronées ont automatiquement des comportements négatifs et accumulent de ce fait des causes de souffrances futures. Et si l'on naît à une époque où il n'y a pas de bouddhas, il n'y a pas non plus de bouddhisme ni de quoi nous aider à trouver un chemin capable de nous libérer des souffrances du Samsara (cycle des existences).
Le fait de posséder un précieux corps humain signifie donc tout d'abord que l'on est libre de ces huit conditions défavorables. En outre, cette opportunité implique également la présence de qualités particulières, décrites comme dix aspects positifs, dont cinq sont en rapport direct avec nous-mêmes, tandis que les cinq autres dépendent plutôt de l'environnement dans lequel nous sommes nés.
S'agissant des cinq premiers aspects, le premier réside dans le fait même d'être né avec un corps humain. Le deuxième consiste à être né dans un pays dit « central », c'est-à-dire dans une région où l'on a accès aux enseignements de Bouddha.
Le troisième aspect consiste à être en pleine possession de ses cinq organes sensoriels. Le quatrième, à ne pas être aveuglé par des vues erronées et le cinquième, à avoir une confiance spontanée, naturelle dans le Dharma.
En ce qui concerne les cinq aspects qui dépendent plutôt de notre environnement, le premier réside dans le fait que l'on naisse à une époque où un Bouddha se manifeste dans notre monde. Si l'on naît en tant qu'être humain à une époque où il n'y a pas de bouddha, la naissance dans un corps humain ne sert pas à grand-chose, car on ne dispose pas de méthodes. Le deuxième aspect va plus loin : il ne suffit pas qu'un bouddha soit présent. Encore faut-il qu'il transmette des enseignements, ce qui n'est pas évident. Tous les bouddhas qui se manifestent ne transmettent pas forcément d'enseignements. Le troisième aspect réside dans le fait que les enseignements de Bouddha se sont continuellement maintenus jusqu'à nos jours alors qu'ils auraient pu être transmis une fois pour toutes dans un quelconque passé et disparaître ensuite. Les enseignements nous sont encore accessibles aujourd'hui. Le quatrième aspect est énoncé ici, dans cette catégorie, mais il est aussi très personnel. Il consiste dans le fait de comprendre et de pratiquer les enseignements bouddhiques. En effet, si l'on se trouve dans la situation positive décrite plus haut, dans une région où un bouddha a enseigné et que ses enseignements se sont perpétués jusqu'à ce jour, si on ne les pratique pas, cela n'est d'aucun bénéfice.
Le cinquième aspect est également personnel : on ne pratique pas seulement les enseignements, mais on a aussi une bonté naturelle, une attitude spontanément aimable envers les autres êtres.
Ces huit libertés et dix qualités précédemment décrites sont les 18 conditions qui - si elles sont toutes réunies - caractérisent le précieux corps humain. L'accent est mis ici sur le terme de « précieux », car le corps humain n'est dit « précieux » que si ces 18 conditions sont réunies. Si l'une ou l'autre de ces conditions est absente, on ne peut parler de précieuse existence humaine.
Nous avons tous ici obtenu une naissance humaine que l'on peut qualifier de « précieuse ».
Elle n'est pas facile, mais au contraire très difficile à obtenir, car il nous faut avoir accumulé une grande quantité de potentiel positif. C'est grâce à la force de cet immense potentiel favorable évoluant dans notre propre esprit que nous pouvons accéder au résultat positif d'un « précieux corps humain ».
C'est tout simplement le résultat de ce que nous avons accumulé de positif dans nos vies antérieures. C'est sur cette seule base que quelqu'un peut obtenir une précieuse naissance. La raison qui nous permet de renaître dans des conditions aussi favorables réside dans le fait de persister dans une discipline. Cela est en soi l'origine d'une précieuse naissance humaine. La « discipline » vise ici, d'une part, les différents types de vœux que l'on fait personnellement pour sa propre libération, et, d'autre part, le fait de prendre de la distance par rapport aux dix actions négatives. Peu importe si cela est formulé d'une manière ou d'une autre. La qualité de cette discipline est tout simplement l'origine directe de l'accès au précieux corps humain.
On peut donner des exemples ou faire des analogies pour se faire une meilleure idée de ce que signifie vraiment une vie humaine précieuse et si difficile à atteindre : imaginez par exemple une maison avec des parois de verre extrêmement lisses. Si quelqu'un se met à jeter des petits pois contre ces parois, la plupart glisseront et tomberont par terre. Il est tout à fait invraisemblable, voire impossible que des petits pois puissent rester collés au verre.
Cependant, si l'on ne cesse de jeter des petits pois, il pourrait arriver que l'un d'eux reste une fois collé à la paroi. La probabilité d'une précieuse naissance humaine est encore bien plus ténue que celle d'un petit pois restant collé à une paroi de verre.
Ceci est l'un des nombreux exemples illustrant à quel point notre existence est précieuse et difficile à obtenir. Voici un autre exemple : imaginez une bouée de sauvetage flottant au gré des vents à la surface de l'océan. Au fond vit une tortue extraordinaire, qui ne remonte à la surface qu'une fois tous les cent ans. La probabilité qu'elle passe justement sa tête à travers la bouée est tout à fait minime, mais il est encore bien plus difficile d'obtenir un précieux corps humain.
On peut également illustrer la valeur et la rareté d'un précieux corps humain en recourant aux chiffres, si l'on compare le nombre d'êtres vivants des différentes espèces. Il est, par exemple, relativement facile de dire combien de personnes vivent dans ce pays. On dispose de recensements valables. Le chiffre est connu. Si on essayait toutefois de compter combien d'insectes vivent sur un bout de terrain, cela serait impossible. C'est un autre moyen de se rendre compte à quel point il est rare et inestimable d'être un être humain.
Nous sommes tous ici nés dans des conditions qui rendent notre vie extrêmement précieuse. Nous devrions en être bien conscients, et, notamment, être conscients du fait que nous avons précédemment accumulé une grande quantité de potentiel positif et que nous avons purifié notre esprit de nombreux obscurcissements. Actuellement, nous bénéficions des résultats de ce que nous avons fait et pratiqué par le passé. Maintenant, il est important d'utiliser ces résultats à bon escient et le mieux possible, sinon ils seraient gaspillés pour rien. Cela reviendrait à vouloir se rendre quelque part avec une intention précise et à revenir les mains vides. Imaginez quelqu'un qui s'en va avec un récipient vide pour aller chercher de l'eau et qui revient avec ce même récipient, toujours aussi vide. Le chemin parcouru serait complètement inutile.
Voilà qui illustre à quel point il est important de tirer le meilleur parti de notre situation privilégiée et de ne pas la gaspiller.
Rendre notre vie pleine de sens signifie utiliser le Dharma et appliquer les différentes méthodes que Bouddha nous a enseignées. Bouddha nous a transmis un si grand nombre de moyens qu'il serait impossible à un individu de tous les employer. C'est pourquoi, il faut utiliser ceux que nous pouvons mettre à profit personnellement. Dans le meilleur des cas, pratiquer le Dharma consiste à se détourner, comme Milarépa, de toutes les distractions mondaines. Toutefois, de nos jours, il n'y a que peu de personnes en mesure de pratiquer avec une telle dévotion. Lorsque l'on s'aperçoit que l'on n'est pas en mesure de le faire, le mieux est que chacun décide de pratiquer selon ses possibilités. L'idéal consiste à faire le maximum. Cette remarque concerne toutes les pratiques que nous avons : la méditation, l'accumulation de mérites, les méthodes de purification et, bien entendu, les exercices préliminaires.
Par exemple, un moyen d'accroître continuellement notre potentiel positif est de faire des offrandes aux bouddhas. L'idéal est d'offrir une grande quantité de ce que l'on a ; mais si cela n'est pas possible, on peut simplement offrir de l'eau claire. Si cela n'est pas possible non plus, on peut offrir une grande quantité de fleurs. Et si cela n'est pas possible non plus, on peut penser avec une profonde dévotion à des fleurs et les offrir en pensées à Bouddha. On peut aussi offrir en pensées des fleurs que l'on croise sur son chemin. Grâce à cette méthode consistant à faire des offrandes de différentes manières, et selon les possibilités de chacun, on peut accumuler des tendances positives dans l'esprit.
Un moyen de procéder consiste à être généreux envers la Sangha. On fait également tout son possible pour aider les êtres. Si on rencontre, par exemple, un animal assoiffé, on lui donne de l'eau. Voici différents exemples illustrant qu'il est toujours possible de pratiquer à différents niveaux, de manière utile et bénéfique. On doit vraiment faire le maximum possible. Cela concerne, comme cela a été évoqué précédemment, les exercices préliminaires et tout type d'activités que l'on peut accomplir pour accroître son potentiel positif et pour dissoudre les éléments négatifs qui pèsent sur son propre esprit.
S'agissant des actions bénéfiques et des actions nuisibles, il ne faut pas se mettre dans l'idée de n'éviter que les actions nuisibles graves, qui sont tellement négatives que l'on se les rappelle facilement, et d'oublier les actions les plus minimes. Un acte négatif, qu'il soit important ou minime, est toujours négatif et produira toujours souffrance et problèmes. La conséquence sera toujours négative, car elle correspond à l'acte qui en est la cause. C'est pourquoi il ne faut pas seulement se donner du mal pour éviter les actions négatives d'une gravité importante, mais aussi prendre ses distances par rapport aux petites actions négatives, que l'on commet si facilement.
Ceci est tout aussi vrai d'un comportement bénéfique : d'un côté, il faut bien entendu s'efforcer d'agir de manière aussi positive et efficace que possible. Mais d'un autre côté, il ne faut jamais penser que les petits actes positifs n'ont pas de valeur et qu'il faut de ce fait les laisser de côté. Une telle idée peut facilement nous gagner : on pense que l'on n'est de toute façon pas capable de faire de grandes choses et on ne s'y met même pas. Un acte positif aura toutefois toujours un résultat positif correspondant. Il faut donc toujours faire ce qui nous est personnellement possible et ne jamais laisser de coté même les plus petits actes positifs.
Il en va de même pour la pratique. Il ne faut pas penser qu'il ne vaut pas la peine de commencer à pratiquer parce que de toute manière, on ne peut pas autant pratiquer qu'il serait souhaitable, mais au contraire pratiquer dans la mesure du possible. Voici un exemple illustrant pourquoi il est si important d'éviter les petits actes négatifs - si minimes soient-ils : imaginez un immense tas d'herbes sèches, aussi haut qu'une montagne. Si on y met le feu avec une seule petite étincelle, tout le tas brûlera. Il en va de même avec le plus petit acte négatif : il aura une grande force destructrice.
L'impermanence
La deuxième des quatre pensées fondamentales concerne l'impermanence. Beaucoup d'êtres vivants meurent, en dépit de leur jeune âge, et très peu meurent de vieillesse. Voici un exemple pour illustrer les différentes situations qui peuvent se produire : une lampe à beurre est constituée d'un récipient rempli de beurre et d'une mèche. Le moment où une lampe de ce type est remplie à ras bord de beurre et que la mèche ne brûle pas encore correspond à la situation dans laquelle se trouve un être humain avant sa naissance. Une lampe à beurre complètement consumée correspond à la situation d'un être humain qui meurt de vieillesse. Entre ces deux possibilités, il y a une infinité de variations. Il existe en fait beaucoup plus de conditions qui conduisent à la mort que de conditions qui renforcent la vie et il semble que celles qui conduisent à la mort s'accroissent par rapport à autrefois. Dans le passé, les gens se déplaçaient à pied et ne couraient pas le danger de se faire écraser par une voiture ou de mourir dans un accident d'avion. Il y a actuellement beaucoup de causes de décès et peu qui renforcent la vie. On doit être conscient que si la mort elle-même est quelque chose de sûr, le moment où elle survient reste toujours incertain. Notre vie peut être comparée à une goutte de rosée sur un brin d'herbe : elle est très fragile ; dès que le soleil se lève, elle se volatilise.
La vie est très précieuse parce qu'elle est extrêmement difficile à obtenir mais aussi facile à perdre ! On n'exerce aucun contrôle sur la durée de la situation dans laquelle on se trouve. Disposant d'un précieux corps humain, on a beaucoup de possibilités, mais on est aussi soumis à l'impermanence et la mort. On ne sait pas quand la mort surviendra. On n'a aucune certitude en ce domaine.
La vie est comme un bref éclair. On élabore toujours beaucoup de projets pour l'avenir, mais quand on va dormir, il n'est pas du tout certain que l'on se réveille le lendemain matin. La mort peut survenir à tout âge : juste après la naissance, dans l'enfance, l'adolescence, à l'âge adulte ou pendant la vieillesse. En fait, très peu d'êtres vivants meurent à un âge avancé. En général, la vie s'interrompt avant. La mort est donc quelque chose de certain puisqu'elle surviendra de toute façon. Ce qui est incertain, c'est le moment où elle surviendra, car elle ne suit aucune règle. Les enfants ne vivent pas forcément plus longtemps que leurs parents, les maîtres ne meurent pas forcément avant leurs élèves etc.... C'est quelque chose que l'on sait de par sa propre expérience et pourtant, on continue de penser, par exemple, qu'il est normal que les enfants vivent plus longtemps que leurs parents. Mais si l'on regarde vraiment autour de soi et si l'on se souvient des expériences que l'on a vécues, on constatera avec certitude que rien n'est moins sûr : souvent les parents vivent plus longtemps que leurs enfants. Même si on a le bonheur d'être encore en vie, il n'est absolument pas évident que cela continue ainsi, car l'heure de la mort peut survenir à chaque instant.
C'est le problème de notre vie : elle est si fragile, si facile à perdre. Au moment de la mort, on est très seul. Peu importe le nombre d'amis proches et attentionnés que l'on a à ce moment-là, peu importe que nos parents, nos frères et sœurs, nos amis, soient présents, au moment de la mort, ils ne peuvent pas nous accompagner, ni nous aider.
Il en va de même pour les choses matérielles qui nous paraissent si importantes : peu importe l'argent que nous avons accumulé, peu importe que notre maison soit grande ou petite, que nous ayons une belle voiture, nous ne pourrons rien emporter avec nous. Cela est impossible et nous devrons tout laisser derrière nous. Ceci est aussi valable pour notre corps qui est ce que nous avons de plus proche et de plus cher dans notre vie. L'ombre même de notre corps nous accompagne toute notre vie. Nous ne devons même pas la porter ou nous préoccuper de savoir si elle est là ou pas, car elle est automatiquement toujours là. Et pourtant, elle non plus ne pourra nous accompagner au moment de notre mort. Il n'y a vraiment rien que nous puissions emporter avec nous. La seule chose qui compte vraiment à ce moment-là, ce sont les tendances accumulées dans notre esprit. Les impressions positives et négatives nous accompagneront, qu'on le veuille ou non, car il est impossible de garder les impressions positives, et de laisser les impressions négatives.
Ces tendances détermineront notre état d'esprit. C'est d'elles que dépendent la façon dont nous vivrons notre mort et la période qui s'ensuit. Si nous avons accumulé une grande quantité d'impressions positives dans notre esprit, nous obtiendrons les résultats correspondants. Nous éprouverons beaucoup de bonheur et ne serons pas soumis aux souffrances qui résultent de tendances nuisibles. Par contre, si ces dernières dominent, elles domineront notre vécu et nous ressentirons douleurs et souffrance. C'est la raison pour laquelle il nous faut vraiment avoir conscience du fait qu'en ce qui concerne notre mort et ce qui la suivra, rien ne peut nous aider, si ce n'est la manière dont nous avons agi.
Karma - Cause et effet
Le karma, qui constitue la troisième des quatre pensées fondamentales, a trait à la causalité. Une action déterminée conduit à un résultat déterminé. Un acte positif conduira à une conséquence de nature positive, donc à une expérience de bonheur et de joie. Un acte négatif a immanquablement un résultat douloureux, donc engendrera de la souffrance.
Ceci est une règle incontournable, car le résultat correspondra toujours à la nature de la cause. Si, par exemple, on plante une graine, on obtiendra une plante déterminée ; d'un grain de riz, il poussera une plante de riz et pas autre chose. C'est la raison pour laquelle j'ai tellement insisté auparavant sur l'importance qu'il y a d'être très attentif et de tout faire pour adopter au maximum des comportements positifs, qu'il s'agisse de soi-disant petites choses, ou de grandes choses. Les tendances prédominantes que nous avons dans l'esprit mûriront les premières. Donc si nous avons dans notre esprit des tendances déterminées par des comportements négatifs et qu'elles dominent, ce sont elles qui seront vécues en premier lieu et domineront notre vie. Nous souffrirons et serons malheureux. En conséquence, nous aurons du mal à gérer notre vie et nos problèmes continueront de s'accroître.
Toutefois, si nous continuons à développer nos comportements positifs et bénéfiques et que nous nous astreignons à leur faire prendre le dessus dans notre vie, bonheur et joie grandiront et domineront notre existence. Ceci renforcera à nouveau et dans le même temps notre capacité à agir de manière positive.
On peut accumuler beaucoup de petites choses. Il ne faut donc jamais laisser passer l'occasion d'accomplir un acte positif, si petit soit-il, mais au contraire faire tout ce qui est possible pour le faire.
Ces quatre pensées fondamentales n'ont pas été « inventées », ni par moi ni par un autre lama. Elles n'ont pas été imaginées par qui que ce soit pour vous tromper. Elles sont authentiques. Elles sont entièrement vraies et ont été enseignées par le Bouddha Shakyamouni lui-même. Ces enseignements sont nés de son omniscience, de sa compassion et de son propre potentiel. Il s'en réfère aux obscurcissements tenaces de notre esprit dont les plus importants sont les émotions perturbatrices dues à l'attachement, la colère et l'ignorance. Ces obstacles qui troublent notre esprit sont à l'origine d'un grand nombre de sentiments négatifs qui influencent nos actes et nous conduisent à agir de manière négative.
Notre situation actuelle montre que les émotions perturbatrices sont passablement prédominantes dans notre esprit et qu'elles nous mènent à des activités physiques, verbales et mentales qui renforcent notre karma. D'une manière générale, on peut dire qu'il existe un grand nombre d'activités négatives, mais en général, on les divise en trois groupes : trois se rapportent au corps, quatre à la parole et trois autres à notre esprit.
Les trois actes négatifs qui peuvent être commis avec notre corps sont : tuer, voler et faire souffrir sexuellement.
Les quatre actes nuisibles de la parole sont : mentir, médire, dire des paroles grossières et parler pour ne rien dire.
En ce qui concerne l'esprit, on parle de méchanceté, de jalousie et du fait d'entretenir des vues erronées.
Ces dix actes négatifs doivent être absolument évités et en contrepartie, il faut développer les dix actes positifs.
Mais il existe encore un autre type d'activités négatives qui est bien plus nuisible que les précédentes : ce sont les « cinq comportements extrêmement négatifs » : tuer son propre père, tuer sa propre mère, tuer un Arhat (Pratiquant réalisé du Petit Véhicule), tuer un bouddha ou quelqu'un qui représente le Bouddha, par exemple blesser un maître physiquement ou encore détruire consciemment des représentations de bouddhas et diviser la Sangha. Commettre une de ces cinq actions négatives engendre un très mauvais karma. C'est encore bien plus négatif que les dix actes cités auparavant. Le résultat de ces actions se fera sentir particulièrement vite, notamment immédiatement après la mort, sans période transitoire. A la suite de telles actions, on se retrouve automatiquement dans un état de paranoïa. C'est la raison pour laquelle on appelle ces actions, « les cinq actions dans lesquelles il n'a pas d'intervalle », le mot « intervalle » signifiant ici laps de temps permettant au résultat de mûrir.
On dénombre par ailleurs cinq autres actes, fort comparables à ces derniers : détruire une stupa, tuer un bodhisattva ordinaire, c'est-à-dire un bodhisattva qui n'a pas encore gravi les degrés de la connaissance directe, tuer son propre maître, son lama, avoir des rapports sexuels avec un ou une Arhat, commettre un vol vis-à-vis des Trois Joyaux du Refuge, - Bouddha, Dharma, Sangha -, par exemple si on vole une offrande qui leur a été faite.
Il existe beaucoup de manières d'expliquer le fonctionnement du karma. On distingue différents types d'actions. Mais la façon la plus courante de classer les actions négatives est celle que nous avons décrite ci-dessus : les dix actions négatives, les dix actions très négatives et les cinq actions qui en sont très proches.
On peut dire d'une manière générale que les actions négatives n'ont aucune qualité positive ; elles sont tout simplement nuisibles. Le Bouddha a toutefois dit une fois : « Il y a un aspect positif dans les actes négatifs, c'est qu'on peut de nouveau purifier la négativité qui en résulte ». Cela ne veut cependant pas dire qu'un acte négatif ait en soi une qualité positive, mais c'est une manière de dire que l'on peut purifier de nouveau le négatif.
La purification se fait grâce à l'application de ce que l'on appelle les « quatre forces ». Il faut toutefois ici nuancer le propos car il est assez consensuel d'affirmer que dans quelques cas, malgré l'application des « quatre forces », il est très difficile d'annihiler les tendances résultant de certains actes négatifs. Une autre raison pour laquelle il est extrêmement difficile de purifier les impressions négatives de l'esprit consiste dans le manque de confiance dans les Trois Joyaux et l'entêtement à garder des vues erronées.
Les inconvénients du Samsara
A cause de notre karma qui, en mûrissant, engendre certaines conséquences, la roue de l'existence conditionnée continue de tourner. C'est la nature du Samsara. Les actes et le karma s'accumulent et il en résulte des évènements. Si les actions positives prédominent, on obtiendra des résultats plus ou moins heureux, si ce sont les actions négatives qui prédominent, on récoltera surtout de la souffrance. De ce fait, on distingue dans le Samsara six sortes d'expériences ou états d'existence : les mondes de la paranoïa, ceux des esprits, les existences animales, l'existence humaine, les états des demi-dieux et des dieux.
Quel que soit le monde ou l'état pris en compte, on n'y trouve que de la souffrance. Le « samsara » n'est rien d'autre que de la souffrance, car il est toujours le résultat d'actions accumulées. Nous pouvons examiner rapidement les six états pour avoir un aperçu de ce que l'on vit lorsqu'on renaît dans l'un de ces mondes.
L'état de paranoïa n'est pas seulement un monde, mais aussi le nom donné à un certain état d'esprit dans lequel on distingue différents sous-groupes. Il existe ainsi dix-huit enfers différents : dans huit d'entre eux, les êtres souffrent surtout de la chaleur torride ; dans huit autres, ils souffrent du froid extrême, auxquels s'ajoutent deux autres états relativement proches, ce qui fait dix-huit au total. Dans tous ces états, on n'éprouve que chaleur torride ou froid extrême, soit uniquement de la souffrance.
On pourrait être tenté de penser que dans ces états de paranoïa règne une grande souffrance, mais que dans les autres mondes, cela n'est pas si terrible. Il faut, dans ce cas, examiner ce qui se passe, par exemple, dans le monde des esprits. Les « esprits affamés » qui y vivent souffrent intensément de la faim et de la soif. Dans une description de ce monde, il est dit qu'« un esprit affamé n'entend plus pendant cent ans ni le mot « nourriture », ni les mots « eau potable » et n'a aucune possibilité d'y accéder ». On décrit les esprits affamés comme ayant des ventres gros comme des montagnes et des tubes digestifs minces comme un seul cheveu. Il leur est impossible de manger et de boire de façon à calmer leur faim et leur soif. Même s'ils trouvent un peu de nourriture ou d'eau, au moment même où ils les consomment, celles-ci deviennent quelque chose de dégoûtant comme du sang et du pus. C'est ce qu'ils vivent et ce n'est rien d'autre que de la souffrance.
De même, on pourrait penser que dans le monde animal, cela n'est pas si affreux que cela. Mais là encore, si l'on examine la vie des animaux, on n'y découvre que de la souffrance. Il est facile de constater à quel point les animaux souffrent dans l'eau et sur terre, comme ils sont chassés et maltraités.
Ces trois mondes sont nommés les « mondes inférieurs », car la souffrance qui y règne est très brutale et dominante. Pourtant, la souffrance qui règne dans les mondes dits « supérieurs », n'est pas moindre. Le problème principal, par exemple, des demi-dieux est la jalousie : ils voient les conditions agréables des dieux et les envient, car les leurs sont loin d'être les mêmes. C'est pourquoi ils ne cessent de les combattre, mais ils ne gagnent jamais.
Ils sont toujours perdants et jaloux : c'est là la souffrance ressentie dans ce monde. Mais les dieux souffrent eux aussi : bien qu'ils puissent éprouver beaucoup de plaisir pendant leur vie, ils ressentent avant leur mort une immense souffrance due au fait qu'ils prennent conscience de l'existence de la mort. Ils s'en rendent compte sept jours avant de mourir, ce qui correspond à sept années humaines dans le monde des dieux. Ils voient pendant sept ans les conditions de leur future naissance et que, comme ils ont consommé tout leur karma positif, ils retomberont dans les mondes inférieurs. Ils reconnaissent les signes précurseurs de leur mort prochaine, par exemple, au fait que les fleurs qui ornent leur corps se flétrissent et que leur corps commence à sentir mauvais. Le monde des dieux est donc aussi un domaine de souffrances.
Finalement, l'existence humaine elle aussi comporte des souffrances comme la naissance, l'âge, la maladie et la mort. Donc quels que soient les mondes considérés, on constate que souffrance et Samsara sont une seule et même chose. Être dans le Samsara, c'est comme être assis sur la pointe d'une aiguille : il n'y a pas un instant sans souffrance.
Les quatre pensées fondamentales qui nous permettent de nous détourner du Samsara sont donc très importantes pour nous. De nombreux anciens maîtres ont utilisé la même expression : « Les exercices préparatoires sont plus importants que la pratique principale ». Pour notre développement dans le Dharma il est essentiel de bien comprendre ces idées de base. Il est donc nécessaire de prendre le temps d'étudier de manière approfondie la signification des quatre pensées fondamentales. Tout d'abord, il faut comprendre ce que signifie un «précieux corps humain » afin de l'apprécier à sa juste valeur. Ensuite, nous devons réfléchir à la signification profonde de l' « impermanence », ce qui nous conduit naturellement à comprendre comment fonctionne le karma et de ce fait, comment fonctionne le Samsara et quelles sont les souffrances de ses différents mondes.
Lorsque l'on a développé ces vues de base, on dispose d'un fondement solide pour construire sa pratique du Dharma, que sont les « Quatre Exercices Préliminaires » : les prosternations, l'Esprit du Diamant, les offrandes des mandalas et le Gourou-Yoga. Ensuite, on dispose d'une base vraiment solide qui nous rend capable d'acquérir la connaissance directe, immédiate. Si on néglige de développer un tel fondement solide, il sera difficile d'obtenir le résultat attendu de toutes ces pratiques. C'est comme lorsqu'on construit une maison : il faut de solides fondations, sinon la maison risque plus tard de s'effondrer. Cela nous donne de l'assurance. Il y aurait beaucoup à expliquer encore sur ce sujet, mais je vous demande de garder à l'esprit ce que je viens de dire.
Être dans le Samsara signifie souffrir. Cependant, nous devrions nous estimer heureux d'être dans une situation aussi favorable, car nous avons eu l'occasion, en tant qu'être de renaître dans un « précieux corps humain ». Cela signifie que nous avons la chance inouïe de ne pas nous trouver dans les autres mondes. Nous avons une certaine marge de liberté dans le sens où nous sommes capables de reconnaître ce qui est bon et ce qui est mauvais. Nous avons la compétence d'abandonner les actes négatifs et de nous concentrer sur des actions positives. Si nous nous exerçons dans cette vie à agir utilement, nous pourrons atteindre grâce à cela une libération du Samsara.
Si toutefois nous ne nous en soucions pas et continuons à agir négativement, nous récolterons le résultat correspondant et nous ne pourrons pas nous libérer du Samsara. Nous continuerons de tourner en rond dans le cycle des existences, dans l'un ou l'autre domaine. Pour cette raison, nous devons vraiment nous rendre compte de la chance que nous avons actuellement et faire tout notre possible pour la mettre à profit aussi longtemps qu'elle est à notre disposition.
Je sais que vous faites tous des efforts dans ce sens. Les gens doivent aujourd'hui beaucoup travailler, gagner de l'argent etc. Malgré tout, prenez le temps d'écouter les enseignements du Dharma et de pratiquer. Ceci est très bien et je vous encourage à continuer. Ne soyez jamais découragés dans votre pratique du Dharma !
(Article traduit par Colette Bodmer)
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